Perte & Fracas (perteetfracas.org), 16/11/2020

Cinq ans que Labasheeda ne s’était pas manifesté, depuis Changing Lights, quatrième album d’un groupe basé à Amsterdam et qui se fait discret. Un laps de temps conséquent qui a nécessité des changements de personnel. Mais le duo de base, Saskia Van Der Giessen (chant, guitare, violon et alto) et Arne Wolfswinkel (guitare, basse, claviers) reste aux affaires alors que deux nouveaux batteurs (un par face) et un peu de violoncelle sur trois titres débarquent dans le paysage.
Labasheeda a emprunté au pianiste jazz Mal Waldron le titre d’une de ses compositions pour nommer son cinquième album et Status Seeking, malgré ce long silence, garde le cap d’une musique art-punk comme le groupe s’autodécrit. Avec plus d’aspérités et d’angularité que par le passé. Mais pas moins de mélodies. Une équation assez basique que Labasheeda délivre avec simplicité et une certaine mélancolie, sans manière mais avec de nombreux arrangements, c’est âpre mais ça coule tout seul.
Toujours un pied dans les années 90 et son indie-rock légèrement dissonant, avec de fines traces de Sonic Youth dans sa dernière période la plus pop et en version courte, le rock sec de PJ Harvey à ses débuts (notamment sur ‘The Adversary’), les écorchures élégantes de Baby Fire, une approche intimiste, minimaliste parfois qui n’empêche pas Labasheeda de s’énerver et de frapper vite quand nécessaire, d’actionner les bonnes pédales quand il faut ajouter un peu de bordel et de saturations.
Labasheeda navigue sur un terrain mouvant difficile à cerner, qui peut apparaître un peu fade, sans une personnalité très marquée. Tout leur mérite revient à se sortir de ce piège à la seule force du poignet, par un sens de la composition dont le groupe a su élever le niveau et la constance. Entre chien et loup, quand les teintes deviennent incertaines, Status Seeking trouve sa place avec des morceaux attachants dont les mélodies deviennent doucement entêtantes. Les cordes obsédantes et distordues d’un violon, l’acoustique d’une guitare se mélangeant à la subtile électricité (‘Interruption’, ‘Crossing Lines’), le touchant et quasi folk ‘Elusive Girl’ auquel succède un mordant ‘False Flag’, la belle voix de Saskia Van Der Giessen habilement soutenue par Danielle Pypers aux backing vocals, Labasheeda a crée une suite de morceaux volant finalement au-dessus de toutes considérations catégorielles, se joue de ses influences passées avec naturel pour se situer hors du temps et des modes et signe un beau travail d’artisans du rock demandant de l’attention pour être pleinement apprécier.